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Voyage au cœur des expressions paternelles

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1 octobre 2014

54

 

 

Va voir ailleurs si j’y suis

 

Expression dérivée de « aller se faire voir » (cfr. « vas’ti fé arèdjî »).

Il s’agit de se montrer méprisant ou ironique en congédiant une personne indésirable.

C’est bien plus mignon, cependant, que « Va te faire foutre »…

 

On pourrait remplacer cette expression par « va te faire cuire un œuf » qui incite une personne à laisser une autre tranquille.

Il semblerait que cela trouve son origine dans les relations de couples ancestrales, où la femme était obligatoirement la cuisinière de la maison… Si son mari critiquait le menu proposé, elle lui rétorquait qu’il n’avait qu’à se faire cuire un œuf. Une bonne façon de lui fermer le clapet, lui qui ne savait pas cuisiner…

 

En portugais, on dirait « Va plantar batatas » (va planter des pommes de terre).

Cette activité, le plantage de patates, était considérée comme méprisable, puisque cet aliment nourrissait principalement les plus pauvres. Ainsi, lorsque l’on envoyait quelqu’un planter les pommes de terre, c’était pour lui faire comprendre qu’il était tellement agaçant qu’on préférait le savoir loin.

 

Enfin, on pourrait encore s’exclamer « Va au diable », « Va te faire fiche », « Va péter dans les fleurs » (chez nos poétiques cousins Québécois), « Va niquer ta mère » (la pauvre), « Va te faire rhabiller » (après avoir niqué maman ?).

Ou « Va jouer sur l’autoroute »… Encore plus expéditif !

 

Va voir ailleurs si j'y suis

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30 septembre 2014

53

 

Troufion


Du même acabit que « Trouduc », cette insulte est fort appréciée du paternel, mais pas toujours comprise des jeunes enfants.

 

Le « troufion » était un simple soldat… Le mot signifie « homme insignifiant et bête ».

Ce petit nom aurait été donné par les cavaliers aux troupiers à pied. Les hommes à cheval n’ayant pour les autres que du dédain, ils se seraient ainsi permis d’utiliser le mot argotique « troufion », signifiant « anus, postérieur », pour désigner ces fantassins pour lesquels ils ne montraient que mépris…

 

Troufion

29 septembre 2014

52

 

Nom de djeu / Rogntudju

 

Il s’agit d’une légère modification du juron « nom de Dieu » qui exprime la colère.

 

Cette interjection est blasphématoire car il est interdit d’invoquer le nom du seigneur en vain et sans respect (selon l’un des dix commandements).

 

Le théâtre et les romans, petit à petit, dérivèrent les injures et jurons classiques en une grande variété d’expressions plus amusantes. Ainsi, « sacristi » devint « sapristi », qui se modifia encore en « saperlotte » et « saperlipopette ».

Quant à « nom de Dieu », il fut remplacé par des termes plus fantaisistes : « nom d’une pipe », « nom d’un chien », « nom d’un petit bonhomme », « nom de nom » !

 

Et « Rogntudju » ? me direz-vous… C’est là l’invention du génial Franquin !

 

Il s’agit du même juron, déformé par le célébrissime et génialissime auteur de BD, afin de… pouvoir faire jurer ses personnages (Prunelle principalement) sans que cela ne soit blasphématoire !

 

Ce juron humoristique est distillé tout au long des gags de Gaston Lagaffe, et son orthographe connait de multiples variantes : rroognntudjuuu, rogntudjû, rognn-tudjuu, djiûû, rontudj, tudjû, …

 

Signalons que Franquin, dont la créativité n’est plus à prouver, renouvela l’utilisation des onomatopées. Alors que les auteurs les employaient afin d’éviter la censure en représentant des insultes uniquement illustrées (un nuage noir traversé d’un éclair, une tête de mort, un singe, un cochon, …), Franquin inventa le juron-onomatopée. « Hgnndidjii », « Grrdidjiiii » puis « Rogntudju » furent donc les premiers jurons non-censurés.

 

Rogntudju

 

28 septembre 2014

51

 

Laisse croire les béguines, elles sont payées pour ça !

 

Quand on épouse quelqu’un, on épouse aussi sa famille, dit-on…

On finit irrémédiablement par adopter certaines expressions !

(glups, se disent les filles, parcourant ce recueil et imaginant leurs conjoints les reprendre comme leurs !)

 

Cette expression-ci viendrait du grand-père maternel…

Mais elle a été dite et redite tant et tant de fois par le père que les filles ne peuvent que l’intégrer dans le florilège de bons mots que vous avez devant les yeux.

 

Les béguines sont des femmes appartenant à une communauté religieuse laïque. Elles se consacrent à la prière et sont, par conséquent, censées avoir plus de foi que les autres…

 

- Mais je croyais que je pouvais manger ton morceau de chocolat !

- Ouais ben laisse croire les béguines, elles sont payées pour ça !

 

De cette façon, l’interlocuteur comprend bien qu’il aurait dû demander, s’assurer que ce qu’il croyait était correct, plutôt que s’en contenter et commettre une bêtise.

 

Laisse croire les béguines

 

27 septembre 2014

50

 

Que dieu te bénisse et te fasse le nez comme j'ai la cuisse

 

Expression héritée de la bien-nommée « Tata », qui disait ceci en lieu et place du classique « à tes souhaits ».

 

Notons que, selon Aristote, on salue lorsqu’on éternue parce que l’éternuement part du cerveau, siège de l’intelligence et de l’esprit.

 

C’est Pierre Augustin Caron De Beaumarchais, écrivain du 18ème siècle, qui est à l’origine de cette citation. Voici un extrait de son « Barbier de Séville » (acte III), reprenant un débat entre le docteur Bartholo et Figaro…

 

Bartholo : Venez-vous purger encore, saigner, droguer, mettre sur le grabat toute ma maison ?

Figaro : Monsieur, il n’est pas tous les jours fête ; mais, sans compter les soins quotidiens, Monsieur a pu voir que, lorsqu’ils en ont besoin, mon zèle n’attend pas qu’on lui commande…

Bartholo : Votre zèle n’attend pas ! Que direz-vous, monsieur le zélé, à ce malheureux qui bâille et dort tout éveillé ? Et à l’autre qui, depuis trois heures, éternue à se faire sauter le crâne et jaillir la cervelle ! Que leur direz-vous ?

Figaro : Ce que je leur dirai ?

Bartholo : Oui !

Figaro : Je leur dirai… Eh, parbleu ! Je dirai à celui qui éternue : Dieu vous bénisse ! et : va te coucher à celui qui bâille. Ce n’est pas cela, Monsieur, qui grossira le mémoire.

Bartholo : Vraiment, non ; mais c’est la saignée et les médicaments qui le grossiraient, si je voulais y entendre. Est-ce par zèle aussi, que vous avez empaqueté les yeux de ma mule ? et votre cataplasme lui rendra-t-il la vue ?

Figaro : S’il ne lui rend pas la vue, ce n’est pas cela non plus qui l’empêchera d’y voir.

 

brisefer

 

Il faut savoir que, dans un lointain passé, les éternuements étaient suivis de la phrase « Dieu vous assiste/aide ». Aux enfants, on souhaitait « Dieu te cresse », signifiant « Dieu te fasse croitre ».

 

L’expression « que Dieu te bénisse et te fasse le nez comme j’ai la cuisse » serait une variante de ces souhaits ancestraux, bien plus originale !

 

Certains ajoutent même « et le menton comme j'ai le croupion ! » (vu sur Internet).

 

Voici une petite histoire, piochée également sur le net, usant moult expressions…

- Je ne sais à quelle sauce tu as mangé ce poisson, mais avec ta langue de vipère, tu gueules comme un putois !
- Cristi rototo ! Par la vertu d’un oignon ! On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. Alors tête de mule, cesse ta langue de bois et de chercher la petite bête.
- Quelle humiliation de se faire ainsi baiser le babouin. Je ne suis pas à cheval sur les principes, mais ce coup de pied en vache pour enculer les mouches, je m’en souviendrai.
- Diantre ! Tu es comme les canes, toujours le bec en l’eau, tu bois à tout moment. Tu ne deviendras quelqu’un que si les petits cochons ne te mangent pas. Tu n’es qu’un faible et un avare, un Jocrisse qui mène les poules pisser.
- Arrêtez de crier au renard en vous moquant de moi, je ne suis pas chien mais y’a pas de bon Dieu pour les poules et qui se fait brebis, le loup le mange !
- Il vaut mieux glisser du pied que de la langue mais par ce froid de canard, je suis chienne chaude et bête comme un dindon alors je saute du coq à l’âne et vous jaspine bigorne en vous disant : cette histoire n’est qu’un grain de mil à la bouche d’un âne mais elle m’a mis la puce à l’oreille, alors en tout bien et en tout honneur, que Dieu vous bénisse et vous fasse le nez comme j’ai la cuisse !

 

l-invention-de-la-tomate-farcie-01

 

 

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26 septembre 2014

49

 

De la folie furieuse

 

S’exclamer « c’est de la folie furieuse » se veut plus fort que s’étonner de « la folie » de quelque chose. C’est une exclamation d’étonnement face à l’énormité d’une chose… C’est la déclarer complètement folle, irréalisable ou très dangereuse.

 

Quant au fou furieux, il s’agit d’une personne atteinte d’une violente folie… Un type qui est si fou qu’il semble avoir perdu la raison et être capable du pire…

 

Il est bon de savoir qu’en réalité, pour un médecin, la « folie furieuse » est une expression désignant un trouble mental s’accompagnant de violence.

 

Quoi qu’il en soit, ce n’est jamais bon !

 

Folie furieuse Garfield

25 septembre 2014

48

 

Bobos (et Norvégiens)

 

L’homme à qui est dédié ce recueil déteste les Bobos. Il les exècre, les critique, n’en veut pas ! Mais ceux-ci sont partout… Difficiles à éviter !

 

Bobos - mots

 

Il a également du mal à supporter les Norvégiens (entendez « Arabes » et autres)…

Ceux-là-mêmes que sa fille moyenne appellera plus volontiers les « crépidules » : des coquillages venus d’Amérique lors du débarquement en Normandie, qui se sont répandus sur les plages… Ils ne servent à rien, ne sont même pas bons à manger, mais ils ont tout envahi et leur population ne cesse de s’accroitre !

 

Le mot « Bobo », lui, vient de « bourgeois-bohème »… Ces gens ont une façon de vivre tellement différente du paternel, que l’entente est difficilement possible !

 

Le Bobo est le « représentant d’une nouvelle élite socio-économique hybride qui se revendique à la fois bourgeoise et bohème, confortable et artiste, bien pensante et zen. C’est ainsi, le bobo est de gauche, consommateur compulsif et altermondialiste, pour l’égalité des chances, assoiffé de culture, chic et débraillé, rat des villes et rat des champs… » (merci Aurore pour cette définition éclairée : http://meschroniques.wordpress.com/tag/aurore-bobos-bourgeois-boheme/)

 

Bobo

24 septembre 2014

47

 

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

 

Cri du cœur de la personne se trouvant face à une situation désespérante, qui lui échappe, et dont il aimerait trouver la cause… Voire rejeter la faute sur quelqu’un d’autre… Tout pour ne pas assumer ses propres responsabilités !

 

Le parent s’exclamera cette phrase en voyant les murs barbouillés de dessins au feutre. Ou en découvrant les notes scolaires pitoyables que lui ramène son bambin. Ou en devant conduire sa progéniture à gauche à droite sans avoir un instant pour souffler. Ou en écoutant les monstrueuses bêtises racontées par ses enfants. Etc.

 

C’est aussi le titre d’un film de Pedro Almodovar (1984) où Gloria, femme de ménage, se drogue aux produits ménagers afin de gérer son stress, dû à un emploi du temps surchargé, partagé entre son travail, son mari, sa belle-mère, ses deux fils et un lézard !

 

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça

23 septembre 2014

46

 

Nabuchodonosor, roi de Babylone… écrivez-moi ça en deux lettres

Petite devinette récurrente lors de repas familiaux : les filles n’ont pas bonne mémoire…

Mais qui était ce fameux Nabuchodonosor ?!

Ce roi de Babylone, au 12ème siècle avant J-C., était un guerrier qui finit par vaincre le roi des Élamites : Hutelutush-Inshushinak (à vos souhaits)… Écrivez donc ça en deux lettres ! Et sans faute d’orthographe bien sûr !

 

Nabuchodonosor

 

22 septembre 2014

45

 

Astablief

 

Version bruxelloise de « alstublieft » flamand, lui-même dérivé de « Als het u belieft », locution signifiant « s’il vous plait ».

 

Cette expression remplace avantageusement le « putain » d’étonnement, lorsqu’elle est utilisée avec un ton surpris et des accents toniques prononcés.

- Papa, regarde, il jongle avec son nez et des oranges !

- Astablief, dis ! C’est de la folie furieuse (voir cette même expression).

 

Elle peut également remplacer « ta gueule », quand elle est dite avec un ton sec et agacé.

- Papaaaa, je peux avoir çaaaa ?

- Oh, astablief, hein !

 

Elle signifiera simplement « s’il vous plait », voire « merci », lorsqu’elle sera prononcée avec lenteur et accent wallon. Elle est dans ce cas accompagnée d’un sourire bête mais bienheureux.

- Papa, voilà tes pantoufles.

- Astablief.

Astablief

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